Kallanish Steel Conference, juin 2018, Anvers (Belgique)


  • La répartition des flux d'acier dans le monde se trouve en plein bouleversement. A la suite des taxes imposées par les USA, de nombreux produits ont tendance à se détourner vers, ou à rester en Europe. Les prix ont augmenté aux Etats-Unis, engendrant des difficultés pour les industries fortement consommatrices (automobile…) mais aussi des opportunités d'augmenter les prix et les marges pour les producteurs d'acier américains ou implantés aux USA. Nucor, ArcelorMittal et Vallourec bénéficient de cette conjoncture favorable
  • L'Europe voit sa consommation se maintenir à des niveaux satisfaisants depuis deux ans et l'on retrouve ainsi presque la conjoncture de 2006-2007, pré-crise financière, avec des prix également bien orientés (mais non encore excessifs !). La demande est soutenue dans tous les secteurs traditionnellement consommateurs : construction, mécanique, pétrole/gaz, automobile… Les producteurs russes songent à racheter des capacités en Europe pour contourner les mesures de rétorsion de l'UE envers leur pays à la suite de la crise ukrainienne
  • Les producteurs turcs n'arrivent pas à satisfaire leur forte demande intérieure (automobile, construction, électronager…). Ainsi, les imports d'acier se maintiennent à un haut niveau. En parallèle, les exports ont pu reprendre vers l'UE, qui a résolu son différend douanier avec la Turquie. La Turquie reste un importateur majeur de ferraille
  • La Chine mène méthodiquement son programme de réduction des capacités (50% environ des capacités sidérurgiques mondiales se situent en Chine, mais aussi l'équivalent pour la demande). Ainsi, la capacité excédentaire est évaluée à 200 Mt/an. 140 Mt de fours à induction ont été fermés en 2017, remplacés néanmoins à moitié par des fours électriques. La capacité de fours électriques atteint maintenant 160 Mt/an et continue à croître vigoureusement, entraînant une forte consommation de ferraille, y compris locale (démolition de bâtiments ou de voitures) et la nécessité d'installer de nouveaux broyeurs (besoin de 900 unités). Les électrodes forment un goulet d'étranglement pour satisfaire ce nouvel appétit pour la filière électrique
  • ArcelorMittal espère terminer prochainement l'acquisition d'Ilva, au prix de cessions importantes dans d'autres pays européens (Roumanie, Luxembourg, Macédoine…). Cette acquisition lui permettrait d'augmenter sa part de marché sur le deuxième marché d'Europe et d'enrichir sa gamme de produits plats
  • Anvers est le plus grand port pour les imports/exports d'acier en Europe : 8,5 Mt/an

 

Instantanés, World Oil Summit, avril 2018, Paris (France)


  • Le marché du pétrole semble être revenu à un certain équilibre, le surplus mondial de 2014-2017 ayant été résorbé. Les prix ont d’ailleurs été multipliés par plus de 2 depuis leurs plus-bas
  • L’Agence Internationale de l’Energie envisage une croissance continue de la demande et de la production au moins jusqu’en 2023, la pétrochimie, l’Inde et la Chine représentant les principaux foyers de nouvelle demande
  • Il faut remplacer chaque année l’équivalent d’une « Mer du Nord » (3 millions barils/j) pour compenser le déclin naturel de la production conventionnelle et, aussi, satisfaire la demande additionnelle (+ 1 million de barils/j, chaque année). A cet égard, l’avènement des producteurs non conventionnels américains n’est pas considéré en général avec beaucoup d’inquiétude. La situation plus incertaine de grands producteurs comme le Nigéria, la Libye et le Venezuela est en revanche un facteur de volatilité majeur sur l’offre, malgré l’accord entre l’OPEP et la Russie qui a été prolongé
  • A long terme, après 2025, la demande pourrait stagner, mais un déclin brutal est difficilement envisageable d’après de nombreux acteurs, car le pétrole est - et restera certainement encore longtemps - peu substituable dans les transports et la chimie, malgré les efforts actuellement entrepris dans les biocarburants, la mobilité électrique et la chimie biosourcée. La pénétration des véhicules électriques se révèle en particulier, plus lente que prévu
  • Les producteurs comme Total sont attachés à maintenir une gestion des coûts rigoureuse à l’avenir, malgré la remontée du prix du pétrole
  • De nombreux projets redeviennent rentables à partir de 50 $/baril et pourraient être relancés (voire des projets sous-marins à partir de 70-80 $/baril)
  • Le secteur de la production d’hydrocarbures devient de plus en plus ouvert et international, avec des acteurs revenant sur le devant de la scène, à l’instar de Pemex, après des investissements lourds, ou du Maroc, nouvel acteur, qui a présenté une liste impressionnante de nouvelles découvertes. A travers le GNL, on assiste aussi à une extension mondiale des flux de gaz naturel. Le gaz naturel est d’ailleurs envisagé de plus en plus par de nombreux producteurs comme un relais de croissance essentiel, aux côtés du pétrole. Les investissements dans le gaz naturel de compagnies majeures telles que Total ou Shell, ont été massifs ces dernières années
  • Les équipementiers, ingénieries et sociétés de service (CGG, Subsea 7, Technip, Vallourec, Saipem…) ont réussi à traverser cette phase difficile au prix de restructurations massives (baisse des coûts de 30% environ) et de la mise en œuvre de méthodes de travail innovantes, tout au long du processus de développement des projets, en interne et avec leurs fournisseurs. La digitalisation, voire l'intelligence artificielle, ont été mises fortement à contribution pour parvenir à cette "révolution" ; mais ces sociétés estiment qu’elles ne pourront survivre que si leurs prix remontent d’environ 25%. Avec le redémarrage lent, mais amorcé des commandes, elles pourraient y parvenir

Quelques échos de la conférence "Platts Petrochemicals", février 2018, Rotterdam (Pays-Bas)


  • Ambiance plus optimiste qu'il y a deux ans pour cette conférence qui réunissait de nombreux industriels et clients du secteur pétrochimique européen et mondial à l'instigation de Platts
  • La raison en est simple : l'immense majorité des secteurs-clients ont maintenant leurs clignotants au vert et ont restauré leur profitabilité. Ils envisagent une croissance solide des ventes sur leurs marchés respectifs. Conséquence ? La demande de polyéthylène et de polypropylène est attendue en hausse dans les cinq à dix prochaines années, notamment en Chine
  • La situation est toutefois à nuancer, car les projets industriels se bousculent au portillon (en particulier aux USA) et pourraient entraîner une surcapacité. C'était l'avis de nombreux intervenants, surtout en ce qui concerne l'éthylène, dont les prix pourraient se révéler déprimés pour quelques années. Equilibre offre-demande et prix en revanche plus favorables a priori pour le PP
  • Des coûts fortement comprimés par un naphta très abondant et surtout, des co-produits du gaz de schiste (éthane, propane) pléthoriques. Les Etats-Unis devraient continuer à accroître leurs capacités de production d'huile et de gaz de schiste dans les dix prochaines années, entraînant une surabondance de la matière première. Les filières industrielles PE et PP à base d'éthane et de propane (situées notamment aux Etats-Unis) devraient jouir d'un avantage concurrentiel significatif par rapport aux usines basées sur le naphta (plus nombreuses en Europe en particulier). Les USA garderont-ils cependant toute cette ressource pour eux ? Nullement. On observe ainsi les premières exportations de cargaisons d'éthane pour l'industrie chimique
  • La Chine est la seule zone principale à développer une industrie chimique de grande taille à base de charbon, pour des raisons de souveraineté et d'exploitation des ressources locales
  • Les clients finaux sont de plus en plus sensibles au sur-mesure, au recyclage et à l'utilisation de matières premières végétales (renouvelables). L'innovation et la flexibilité doivent donc demeurer les vertus cardinales de l'industrie pétrochimique mondiale !